La peur de souffrir

Je fais partie de ces gens qui croient que rien n’arrive pour rien. Parfois les raisons derrières un évènement sont évidentes, d’autres fois elles le sont moins, mais je suis adepte de la croyance à l’effet que rien n’est le fruit du hasard.

Ça faisait longtemps que je me plaignais du fait que je stagnais, que je faisais du surplace sans trop savoir quoi faire de ma vie, que j’en avais marre de certains aspects de mon boulot. Je crois que mes appels ont été entendus et, dès que mon âme a signé le contrat avec l’univers, je me suis cassé la gueule dans les escaliers de mon employeur un certain 23 mai vers 17 :15.

Seul l’avenir me dira en quoi cet accident, aussi incommodant soit-il, m’aura été salutaire. Par contre, bien que tout ça soit encore très récent, j’en retire déjà plusieurs « avantages ». Outre l’aspect évident d’être en « vacances », ma condition m’incite à « travailler » plusieurs choses. La première qui me vient en tête est ma relation avec les autres. Solitaire de nature, j’ai appris assez vite à être indépendant. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit mais, dans mon cas, ce besoin d’indépendance était peut-être un peu trop fort. Très souvent, lorsqu’on offrait de m’aider ou de m’assister dans une tâche ou quoi que ce soit d’autre, ma réponse était souvent du genre « Non! non! C’est correct… Ça va aller! ». Disons que quand tu as une jambe immobilisée dans un plâtre, que t’es dans l’incapacité de mettre un de tes deux souliers, le « Non! non! C’est correct! » prend de bord pis c’est pas long!

Ce recourt à l’aide d’autrui est probablement la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Acceptant rarement l’assistance des autres, du même coup j’étais porté à être rarement serviable (quoique d’autres facteurs se cachent derrière ça), du moins pas autant que souhaité. Due à ce côté de ma personnalité, je ne me serai jamais attendue à avoir des mains offrantes la journée où il m’arriverait quelque chose, résultat de l’adage à l’effet que nous récoltons ce que nous semons mais, à ma grande surprise, il n’en fut rien. En fait, j’ai été très touché de l’aide et du support qui m’a été offert jusqu’à présent.

Je n’ai qu’à penser au père d’une de mes amies chez qui j’ai dormi le jour de mon opération. Avant de me coucher, il m’a remit une clochette et m’a dit de ne pas hésiter à l’utiliser si j’avais besoin de me lever ou quoi que ce soit. Vers 01:00, la première de plusieurs envies de pisser me pogne. Ne voulant pas le réveiller, j’ai essayé de me lever par moi-même, mais il m’a entendu. Se pressant de venir m’aider, il fut insistant que j’utilise la cloche en me rassurant que ça ne le dérangerait pas. D’ailleurs, jamais j’ai eu le sentiment de le déranger les trois ou quatre autres fois où j’ai dû retourner au toilette dans le courant de la nuit (genre aux trois heures). Le dévouement de cet homme pour un « étranger » (il ne me connaissait que de nom après tout) fut et restera dans mon coeur une source d’inspiration que je ne suis pas sur le point d’oublier.

Lorsque ma jambe aura reprit son autonomie et que cet accident ne sera qu’un souvenir, est-ce que le naturel va revenir au galop? Vais-je redevenir un espèce d’ermite qui va retourner faire « ses p’tites affaires » dans son coin? Je ne pense pas. En fait, je sens qu’il y a quelque chose de changé en moi, et que ce changement va m’habiter pour le reste de mes jours.

« Quel est le rapport avec le titre de ce billet? » vous direz-vous. J’y arrive… 😉

Outre mon ouverture aux autres, il y a un autre aspect sur lequel cette situation m’invite à travailler, soit la peur de souffrir. À moins d’être maso, personne n’aime souffrir, autant physiquement que émotionnellement. Sauf que certains avancent avec confiance sans trop sans faire avec la vie, d’autres (trop) prudemment en étant sur le qui vive. Je fais malheureusement parti de cette deuxième catégorie…

Ayant été abusé sexuellement étant jeune, l’enfant en moi porte en lui plusieurs blessures qui, veut veut pas, influencent les faits et gestes de l’adulte que je suis. Peur qu’on « abuse » de moi (mon temps, mon argent, ma générosité), peur de « souffrir » (par peur de représailles, mon agresseur, a abusé de moi à plusieurs reprises avant que je me décide de dénoncer la situation à mes parents) et, veut veut pas, peur de ne pas être défendu car, chose qui restera toujours un mystère, je crois que mon père a banalisé la situation car, bien que je me souviens très bien de la réaction empathique de ma mère, je n’ai aucun souvenirs de la réaction de mon géniteur. Un peu comme si mon subconscient avait décidé de ranger l’incident dans un tiroir, comme il le fait parfois avec certaines situations trop difficiles ou trop douloureuses.

Cela étant dit, cette situation me force à faire face à toutes sortes de peurs, certaines fondées, d’autres non. La plus évidente est, évidemment, la peur de souffrir. Veut veut pas, toutes sortes de craintes reliées directement à ladite peur m’habitent présentement. Est-ce que les attaches de mon tendon ont tenues le coup car, comme je l’ai mentionné dans un billet précédent, j’ai peur qu’elles aient lâchées suite à un faux mouvement. Peur que mon genou flanche de nouveau (chose qui a occasionné ma deuxième chute), peur que la CSST essaye de me mettre des bâtons dans les roues car veut veut pas, outre ma parole, rien ne prouve que la déchirure de mon tendon n’a pas eu lieu lors de ma deuxième chute qui s’est produite chez moi (et non au travail), etc…

Bien que tous ces scénarios soient possibles, rien n’indique que ces situations vont se produire. En fait, c’est un peu le syndrome du verre d’eau. Quand tu vis dans l’espoir, le verre est à moitié plein. Quand tu vis dans la peur, il est à moitié vide. C’est normal d’avoir des peurs. Ce que je dois apprendre à faire c’est, dans un premier temps, les accepter et, dans un deuxième temps, les regarder droit dans les yeux plutôt que de détourner le regard.

Par cela, je veux dire me poser quelques questions. De quoi ai-je peur? Si ma peur se concrétise, quelles seront les conséquences? Vais-je en souffrir tant que ça? Prenons le cas hypothétique de la chirurgie qui n’a pas tenue le coup. Si, après avoir enlevé mon plâtre, je réalise que je ne suis toujours pas en mesure de lever ma jambe. Admettons même que je tombe. Oui ça risque de faire mal mais, gracieuseté de quelques pilules, la douleur va se dissiper la journée même et, peu de temps après, je retourne sous le bistouri. Est-ce que le processus précédant ma première opération fut si pénible que ça? Non. Alors pourquoi m’en faire tant que ça. Moi le premier affirme haut et fort que cet accident est, jusqu’à présent, une source de bienfaits. En quoi le verre serait à moitié vide plutôt qu’à moitié plein?

D’ailleurs, histoire de conclure ce roman, faut voir cela un peu au travers des yeux d’un bébé qui essaye de se tenir sur ses deux jambes pour la première fois. Oui il va surement tomber à quelques reprises mais, si la peur de se faire mal contrôle sa vie, il risque de passer le restant de ses jours à quatre pattes… 😉

PS: En passant, je profite de l’occasion pour remercier du fond du coeur mon amie Isabelle qui, grâce à sa sagesse, m’est d’un immense secours dans mon cheminement. 🙂

Publicités

3 responses to “La peur de souffrir

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :